Lorsque l'on s'intéresse au travail du cuir dans l'histoire, il est difficile d'ignorer le fameux "cuir bouilli", ses performances remarquables sont soulignées dans plusieurs textes du bas Moyen-Âge. Froissart, dans ses célèbres chroniques, nous rapporte les avantages de cette technique qui permettait d'obtenir du cuir "que nul fer ne saurait transpercer".
Il n'était pas le seul à parler de cette remarquable matière qui était indispensable à l'équipement du guerrier par sa grande légèreté et sa solidité.
Ce "cuir bouilli" fût aussi utilisé dans la vie "civile" de tous les jours afin de réaliser, par exemple, des étuis rigides et des fourreaux pour protéger toute lame tranchante.
Le cuir est coriace et résistant, il est une matière incontournable depuis les premiers vêtements, les chaussures, beaucoup d'instruments de musique et le précieux parchemin; toutes ses applications ont accompagné l'humanité dans son développement. Ce "cuir bouilli" est apparemment une matière différente, bien plus dur que le simple cuir, une sorte de "super-cuir" en somme.
Au début du Moyen-Âge, on sait que le cuir avait une multitude d'applications mais il n'existe de nos jours, pas de texte sur la fabrication du "cuir bouilli".
En France, la technique s'oublia aux alentours de la fin du 15ème siècle. Les raisons sont incertaines, est-ce l'évolution des armes (à feu), la fin d'une mode qui rendit ce matériau obsolète ou une tout autre raison ? La question reste entière...
Grâce aux fouilles archéologiques, quelques objets fait de ce "cuir bouilli" nous sont parvenus d'un lointain passé, surtout des boîtes magnifiquement travaillées, des petits écrins précieux ou des fourreaux de couteaux. Ils témoignent de la grande technicité des Maîtres artisans du Moyen-Âge.
Un exemple remarquable se trouve au musée de Cluny, il s'agit d'une boîte finement décorée, probablement munie d'un lacet où coulissait le couvercle. Les archéologues ont retrouvé à l'intérieur une guimbarde, mais ce n'était sûrement pas sa première utilité. Lien image "étui à guimbarde"
Eva Hallasz Csiba dans son livre "Le cuir à fleur de peau" examine le cuir d'une façon anthropologique et pratique très intéressante, c'est par son travail que nous avons pu proposer une hypothèse sur la fabrication du "cuir bouilli".
Cette proposition est à lire dans le numéro 19 (avril-mai 2008) de Histoire et Images Médiévales, il contient un article de huit pages sur le métier de gainier furrelier qui serait lié au travail du "cuir bouilli". Un essai de reconstitution de l'étui "à guimbarde" y est exposé en détails, ainsi que quelques fourreaux de couteaux et un autre "objet"... Voici notre première tentative de reconstitution de l'étui "à guimbarde" en "cuir bouilli" :

Ce n'est que le début de l'histoire, un article pour aller plus loin est prévu dans un prochain numéro de Histoire et images médiévales...
La technique que nous proposons permet permet de "sculpter "le cuir à la manière de l'argile, tout en gardant ses qualités et son aspect. Des étuis aux formes très complexes sont facilement réalisables :